29 mars 2012

La Colère des Titans


Nietzsche est sur le point de gagner : les hommes ne prient plus les dieux et ceux-ci perdent ainsi peu à peu leurs pouvoirs, annonçant enfin le déclin d'une époque obscure et révolue. Mais ce que le plus moustachu des philosophes allemands n'avait pas prévu, c'est qu'un mal encore plus grand et néfaste que la croyance en de vieux barbus en toges, allait alors en profiter pour reprendre des forces et essayer d'asservir à son tour le monde des hommes. En effet, les murs du Tartare de bœuf sont en train de s'effondrer, relâchant sur Terre la colère des Titans et l'ombre destructrice du terrifiant Chronos ! Vite, Persil Persée, fils de Zeus, vole à notre secours !

"Hu, cocotte !"

Autant le dire tout de suite : La Colère des Titans n'est pas réellement ce qu'on pourrait appeler un Kick-Ass Movie... Mais c'est assurément un très bon divertissement ! Commençons donc, question d'en être débarrassé, par tenter de comprendre pourquoi ce film pourtant sympathique, réalisé par un Jonathan Liebesman assez doué, n'est pas à proprement parler un chef-d’œuvre du cinéma d'action. La première explication qui me vient à l'esprit est des plus simples : l'histoire et le développement des personnages sont tout bonnement au ras des pâquerettes. Et si certains reprochaient injustement au grandiose John Carter ce genre de lacunes, ils pourraient alors à raison reporter leurs critiques sur cette Colère des Titans (et s'ils osent, à ce niveau, mettre arbitrairement les deux films dans le même panier, ils prouveront alors définitivement leur mauvaise foi boursouflée d'odieux préjugés). Ce n'est pas tant que les relations entre les différents personnages ne soient pas clairement posées, mais plutôt que celles-ci manquent cruellement de scènes leur étant entièrement dédiées et leur donnant de la sorte plus de vérité. Par exemple, Persée décide principalement de se lancer dans cette nouvelle bataille afin de protéger son fils Hélios et son avenir (en même temps que celui de toute l'humanité) : si l'on comprend parfaitement cette motivation, on a cependant du mal à la faire nôtre lorsque l'on ne voit que trois minutes de complicité, à tout casser, entre ce père à moitié divin et sa progéniture chevelue, lors de l'introduction. Alors que la mort de la mère d'Hélios (qui a claqué avant le début de l'histoire, ce n'est pas un spoiler) était justement un bon prétexte pour renforcer les liens de cette famille monoparentale, celle-ci est à peine énoncée et simplement utilisée comme une facilité scénaristique permettant à l'apollon en jupette courte de draguer la blondinette Andromède en toute moralité. Dans le même ordre d'idée, la romance latente et finalement vite expédiée entre ces deux protagonistes, semble plus être là pour éviter au film de trop puer la testostérone à plein nez (et aussi fournir aux bandes-annonces quelques gros plans de la demoiselle, les yeux artificiellement mouillés par la peur de perdre son bien-aimé), que pour donner plus de corps et d'âme à leurs rôles décidément trop lisses et survolés. Conséquence : une grande partie de la tension dramatique attendue est portée disparue, atténuant par là-même la force des nombreuses scènes d'action néanmoins réussies. On notera tout de même les prestations plutôt convaincantes de Liam Neeson et Ralph Fiennes, respectivement Zeus et Hadès, dont le conflit fratricide, mis en parallèle avec celui opposant Persée à son demi-frère et dieu de la guerre Arès, permet à l'ensemble de conserver une (très) légère atmosphère de tragédie.

"Être ou ne pas être, telle est la question..."

Mais bien qu'étant objectivement un réel défaut, le peu de profondeur de l'histoire et des divers personnages réussit malgré tout à présenter une certaine qualité : ici, notre manque d'investissement émotionnel dans le récit n'est pas dû à une narration mal maîtrisée qui prendrait toutefois le temps de s'étendre sur des détails totalement dénués d'intérêt, mais bien à un traitement volontairement bref et succinct des éléments scénaristiques pouvant sembler les moins essentiels. Ce choix, sans doute discutable (mais que je trouve personnellement meilleur que celui effectué dans Les Immortels, où une histoire simple et peu palpitante s'étend sur d'interminables longueurs inutiles), a alors au moins le mérite d'offrir une généreuse et prépondérante place à l'action. Rien que de l'action, toujours de l'action : tel semble être le mot d'ordre de La Colère des Titans ! Et au bout d'une dizaine de minutes seulement, avec un premier affrontement particulièrement sauvage et brutal contre l’imposante Chimère, on réalise effectivement qu'on n'est pas là pour enfiler des perles !

"Au pied, le chien-chien ! J'ai dit : au pied !"

À ce niveau, la caméra de Liebesman, souvent proche du sol et (raisonnablement) mouvementée, arrive d'ailleurs à retransmettre efficacement la violence des nombreux accrochages avec un bestiaire mythologique aussi varié que surprenant, sans pour autant tomber dans les travers du "je-bouge-l'objectif-dans-tous-les-sens-pour-montrer-qu'il-se-passe-quelque-chose" ou du presque aussi énervant "je-tourne-tout-mon-film-au-ralenti-et-du-coup-il-dure-trois-heures" (technique aussi connue sous le nom de "syndrome Zack Snyder"). Quant aux créatures elles-mêmes, presque toutes numériques (excepté un Minotaure à moitié taureau et à moitié Sinok), elles sont plus ou moins bien intégrées aux éléments réels qui les accompagnent, dans des plans se révélant alors soit acceptables, soit carrément impressionnant. On retiendra surtout des effets de flammes, de lave et de particules véritablement saisissants, atteignant des sommets au cours d'une lutte finale spectaculaire, avec un virevoltant balai pyrotechnique aux couleurs ultra-flashy et explosives.

"Siiiiiinooook !"

En parlant de couleurs flashy, la direction artistique, assez kitsch dans son ensemble, pourra autant vous déplaire que vous convenir, selon vos propres goûts personnels. Certains n'y verront probablement qu'une repompe de 300 passée au mixeur avec quelques trolls et bestioles du Seigneur des Anneaux, donnant au tout l'allure d'un épisode de Bioman "version antique" à gros budget... Alors que d'autres (dont je fais partie) se rappelleront peut-être le culte et gentiment ringard Zu, les guerriers de la montagne sacrée, de Tsui Hark, retrouvant ainsi une fraîcheur visuelle qui fait souvent défaut aux productions actuelles, généralement plus austères. Entre un Tartare flamboyant, un immense labyrinthe aux parois mouvantes, une île mystérieuse gardée par des cyclopes belliqueux, la sublime transformation des dieux venant de rendre leur dernier souffle sacré (relecture plus grave et dramatique de la désintégration vampirique de Blade 2) et un Persée chevauchant les airs sur son Pégase noir comme la nuit, La Colère des Titans assume constamment son esthétique on ne peut plus fantastique, judicieusement contre-balancée par une réalisation plutôt réaliste. Dans le même sens, mais avec un peu moins de réussite, les musiques tentent également de mélanger élans épiques et arrangements modernes dynamiques. Du coup, l'oreille décroche parfois (on se demande si on n'a pas déjà entendu tel ou tel thème dans un Tekken ou un Street Fighter...), sans pour autant nous couper de l'action, que certaines montées aux sonorités rock soutiennent même plutôt bien.

"Hum... J'ai comme une impression de déja vu..."

En résumé, La Colère des Titans est bel et bien l'honnête divertissement qu'on nous avait promis... mais rien de plus. Attention, loin de moi l'idée de déprécier cet aspect ! Seulement, il vous faut savoir à quoi vous attendre, avant de vous précipiter naïvement, le cœur bondissant, dans les salles obscures de votre quartier. Si vous cherchez un film d'action nerveux, où "ça pète de partout", avec des monstres gigantesques qui en prennent plein la tronche, des dieux surpuissants qui se mettent des patates de l'espace (et utilisent même les pouvoirs de la Force, dans un court passage qui m'a fait un brin sourire), voire avec deux ou trois notes d'humour en rab (la bonne vanne d'Agénor, side-kick un poil relou, dans le labyrinthe), le tout dans un rythme survolté et boosté à la minotaurine, alors cette humble Colère des Titans a de grandes chances de vous faire passer un agréable moment. Mais si vous espériez aussi y trouver une histoire forte, pleine de rebondissements et d'émotion, exaltant superbement des scènes d'action aux enjeux personnels et universels bouleversants (comme ce que l'on peut boire et manger à foison dans le formidable Gladiator de Ridley Scott, par exemple), n'allez pas plus loin, vous vous êtes trompé de chemin... Une fois que l'on sait ça, on peut ensuite apprécier le film de Liebesman comme il se doit : en mettant une partie de son cerveau sur off et en ouvrant bien grand les yeux pour se rassasier, sans aucune honte, de ce gros bonbon acidulé sentant bon le sang, la terre, le feu et la transpiration (quel poète). Et puis... il y a quand même Sinok !

"Sinok... aime... Choco... Argh..."

P.-S. La 3D stéréoscopique est pas mal du tout ! Bien propre, elle ne nuit jamais à l'action, et on a même droit à quelques petits effets de jaillissement marrants (celui de la Chimère m'a vraiment surpris) !

"Ressens la puissance de ma 3D !"

Titre original : Wrath of the Titans
Réalisé par : Jonathan Liebesman
Date de sortie française : 28 mars 2012











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- Cinéblabla #1

1 commentaire:

  1. TESTO... TESTOSTÉRONE!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

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