12 avril 2012

Battleship


Bien que partant d'une idée complètement débile (faire un film tiré du jeu de société "Touché Coulé", aussi appelé "bataille navale") et reposant sur une base scénaristique parfaitement crétine (on envoie un super signal dans l'espace pour contacter une planète éloignée, mais quelques aliens en vacances captent alors celui-ci et débarquent sur Terre pour le détourner et ainsi prévenir leurs copains qu'il y a plein de petits singes roses à latter et de Chocapic à bouffer dans le coin... alors que leur technologie plus avancée leur aurait logiquement permis de trouver notre bled bien avant qu'on leur envoie un pauvre fax en braille préhistorique), Battleship s'avère cependant, contre toute attente, être ni plus ni moins qu'un véritable kick-ass movie ! Pour quelles raisons ? La réponse dans les quelques lignes qui suivent.

"We're gonna need a bigger boat..."

Première explication : si Battleship respecte presque à la ligne le cahier des charges du "gros-blockbuster-qui-tache-bien-gras-et-sent-bon-le-Big-Mac", il conserve cependant une certaine distance avec le genre, dans un second degré fréquent et étonnamment conscient de la stupidité inhérente à grand nombre d'artifices classiques de l'entertainment pop-corn américain. Pour exemple, après une réplique très "bande-annonce" de l'un des persos pseudo-badass et plutôt relou du métrage (un ancien marine et champion de boxe ayant perdu ses deux jambes !), du genre : "Donnons au monde vingt-quatre heures de plus à vivre", son interlocuteur nous lance alors un surprenant et agréable : "Mais qui parle comme ça ?" Dans le même ordre d'idée, on a aussi droit à une courte séquence où des vétérans de guerre reprennent du service dans une mise en scène ringarde et pathétique, repompant l'habituel Cercle des poètes disparus sur fond de musique bateau (ha ha ha) aux relents patriotiques... avant d'heureusement voir ces mêmes petits vieux se préparer énergiquement au combat, en réanimant leur obsolète cuirassé avec du AC/DC à plein tubes pour bande-son (passage qui fout d'ailleurs grave la patate) !

"I'm gonna need a bigger gun !"

Mais n'allez pas croire que Battleship est une parodie, loin de là ! Le second degré que distille judicieusement Peter Berg dans sa réalisation reste en effet très léger et ne sera peut-être même vraiment remarqué que par les spectateurs les plus férus de blockbusters (les détracteurs du genre n'y verront sûrement qu'une autre forme de stupidité, aussi assumée qu'elle puisse être). Par conséquent, même si cet aspect est un point positif indéniable qui permet déjà à ce sympathique film de guéguerre aquatique (avec des extraterrestres !) de s'élever au-dessus du lot des habituelles productions pleines de pognon, il n'est cependant pas suffisant pour amener celui-ci au panthéon tant convoité des kick-ass movies... Entrent alors en jeu les deux gros autres atouts de Batlleship : des scènes d'action à couper le souffle et une direction artistique extrêmement maîtrisée et bien moins kitsch que ce que l'on aurait pu penser (en parlant de "kitsch", après son rôle principal dans l'excellent et injustement mal aimé John Carter, Taylor Kitsch nous montre ici qu'il est définitivement un vrai bon acteur, dont la belle gueule risque probablement de se retrouver de plus en plus en tête d'affiche). 

"You're gonna need a bigger ****."

En ce qui concerne l'action, le film nous offre évidemment un flot continu d'explosions, de tirs d'obus et de destruction de navires (et même de routes américaines ou de buildings chinois) qui feront toujours plaisir au petit garçon démolisseur de châteaux de Lego qui sommeille en chacun de nous, mais surtout des batailles navales réellement passionnantes et intenses, aussi bien pensées que superbement réalisées. Le déroulement de ces nombreuses scènes d'accrochages en mer est notamment d'une constante clarté, nous permettant ainsi de ressentir une tension particulièrement jouissive à chaque manœuvre opérée par des vaisseaux terriens et aliens en perpétuel danger. La mise en scène frôle parfois même la perfection, comme lors d'une séquence reprenant en live le principe de la "bataille navale", et où l'observation d'un radar (ingénieusement transformée en grille porche du jeu de société) nous procure alors un stress inimaginable : un pari risqué transformant une scène potentiellement ridicule à souhait en une bataille à l'aveugle magistralement orchestrée. Dans l'ensemble, c'est simple : on est tout le temps à fond dedans !

"I said : WE'RE GONNA NEED A BIGGER BOAT ! NOW !"

Au niveau de la direction artistique, celle-ci nous propose des extraterrestres plutôt crédibles et convenables, avec leurs armures à la Halo et leur faciès reptilien pas vraiment "gueule de porte bonheur", et va jusqu'à faire carrément des merveilles en ce qui concerne le design des machines de guerre de ces mêmes visiteurs venus d'ailleurs. Leurs vaisseaux spatiaux/aquatiques sont effectivement aussi impressionnants et fantastiques que réalistes dans leurs déplacements ou le déploiement de leurs différentes armes à l'efficacité redoutable. Et bien sûr, avec un tel budget (plus de 200 millions de dollars), le spectacle visuel tient la barre haute tout du long. Résultat : on y croit totalement et on se laisse alors entièrement emporter par une histoire pourtant des plus abracadabrantes. Et puis, il y a plein de couleurs de tout partout ! Je kiffe !

"You're gonna need bigger arms, boy."

Au final, Battleship est un divertissement rondement mené, bourré d'action, de belles images et d'humour, constamment conscient de ce qu'il est et proposant ainsi en toute humilité, aux spectateurs que ça pourraient bien sûr intéresser (principalement du genre masculin, ne le cachons pas), d'admirer de superbes destroyers et majestueux cuirassés se déployer dans un magnifique ballet de feu et de flammes, sur un Océan Pacifique envahi par des extraterrestres belliqueux et lourdement armés. Comble de joie, vous n'éprouverez ici aucune culpabilité à assouvir vos plus bas instincts guerriers, dans la contemplation béate de ces navires aussi grandioses que redoutables, car comme l'introduction du film nous le fait clairement comprendre (une menace peu réaliste apparait lors d'un exercice militaire) : dans Battleship, on ne se prend jamais vraiment au sérieux, on joue plutôt à la guerre pour de faux, juste pour rigoler... Et force est de reconnaître que, de temps en temps, ça fait un bien fou ! IT'S A KICK-ASS MOVIE, BABY !

"I'm gonna need bigger balls..."
 
Titre original : Battleship
Réalisé par : Peter Berg
Date de sortie française : 11 avril 2012







2 commentaires:

  1. Comme quoi ... Je t'avoue que les préjugés ont vite accouru dès que j'ai vu Rihanna sur l'affiche. xD

    Décidément, il est en vogue le Taylor ^^

    D'ailleurs c'est marrant car Peter Berg c'est celui qui a réalisé le film de Friday Night Lights. Et Taylor Kitsch ne joue pas dans le film mais par contre il joue dans la série FNL (les deux n'ont a priori aucun lien si ce n'est qu'ils sont adaptés du même bouquin je crois).
    Et maintenant, y'a une rumeur comme quoi Berg aimerait refaire un film qui ferait suite à la série. (Bref si t'as tout compris, bravo.)

    Au risque de faire un HS, j'en profite aussi pour répondre à ton commentaire dans l'autre article (oui faut suivre). Si tu comptais voir le film, je l'ai pas vu donc je sais pas ce qu'il vaut (et comme je disais plus haut, Kitsch ne joue pas dedans). En revanche, la série est très sympa et peut-être un peu trop méconnue. Il faut donc savoir que celle-ci n'est pas tout à fait "centrée sur le foot US" car s'il réside malgré tout au cœur de la série, ce n'est finalement qu'un prétexte pour aborder la façon de vivre des gens qui gravitent autour, dans le contexte d'une petite ville paumée au plus profond de la campagne texane et on y découvre des choses qu'on n'imagine pas forcément (du genre au début, le coach qui vient d'arriver subit une pression énorme car pour les gens, rien ne compte plus que la victoire de leur équipe locale). Ce n'est pas non plus un énième teen-age show sentimental (même si de temps en temps ça flirte un peu de ce côté-là :p). L'épine dorsale de la série c'est le coach Taylor qui est bien sûr l'entraîneur de l'équipe de foot US et alors qu'il inculque déjà certaines valeurs sur le terrain, il déborde parfois un peu de son rôle et en vient à résoudre les problèmes de certains en dehors. En bref, il agit souvent comme un second père pour des gamins un peu paumés. Après y'a évidemment de jolies actions de jeu et puis bien sûr y'a Taylor Kistch dans la peau d'un linebacker (poste auquel j'ai moi-même joué fut un temps ...) qui déboîte !


    Encore désolé pour le HS (mais comme tu semblais intéressé !) et ma description est peut-être un peu désordonnée mais la série vaut le coup en tout cas. ;) (et promis j'arrête de parler de ça ici :p)

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    1. @Vins : Rihanna est d'ailleurs très convaincante dans le film, son rôle ne se prête bien sûr pas à l'obtention d'un oscar, mais elle arrive à assurer le plus important : on ne pense pas une seconde que cette navy énergique est en fait une pop star aux coiffures exubérantes. C'est aussi grâce à Peter Berg qui ne la film jamais comme si elle était plus importante que son rôle le laisse penser, ni de manière à la rendre particulièrement sexy (il garde ça pour la blonde de service, aux atouts physiques plus qu'indéniables).

      Pour Friday Night Lights, j'ai vraiment envie de regarder ça maintenant que j'ai aussi vu Taylor Kitsch dans Battlefield, et ton aperçu tombe à point nommé pour me motiver encore plus ! En plus, j'avais adoré l'Enfer du dimanche ou Moneyball, et je kiffe bien les mangas sportifs (rookies, hajime no ippo), donc je suis sûr d'aimer une série de ce genre. Il faut juste que je me mate d'abord les Doctor Who (sinon mon frère, qui m'en parle depuis trois ans et m'a même offert une saison en DVD, risque de me tuer), et après je me lance là-dedans ^^

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